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Echange avec le CESCE (27 mars 2025)

Les pénuries de produits alimentaires sont-elles uniquement dues aux grèves des dockers français ?

Les pénuries ne sont pas dues uniquement aux grèves des dockers français, bien que celles-ci contribuent largement aux perturbations (33 jours de grèves totale ou partielle entre le 1er janvier et le 3 avril 2025). D’autres facteurs incluent les conditions météo défavorables sur l’Atlantique, les pannes de navires, la congestion du port de commerce de Public, les escales des bateaux annulées (livraison des conteneurs à Port of Spain au lieu de Sint-Maarten plusieurs fois par an, etc.) mais aussi les problèmes d’approvisionnement ou de préparation de commandes au sein des enseignes en métropole. L'approvisionnement en produits frais, très dépendant de la régularité des transports, souffre particulièrement de ces aléas cumulés.

Les magasins d’alimentation sont pleins à Saint Martin et vides à Saint Barth, pourquoi ?

Saint-Martin bénéficie de sources d’approvisionnement diversifiées du fait de sa double nationalité, d’un territoire plus grand, d’un plus grand nombre de magasins d’alimentation et d’infrastructures mieux adaptées, comme la société Frigodom, offrant du stockage réfrigéré. St-Barth, en revanche, ne bénéficie pas de ce type de structures et il y a toujours une escale supplémentaire pour la marchandise en provenance d’Europe : la Guadeloupe ou Sint-Maarten.

Lors du déplacement de Super U, il avait été expliqué qu’il y aurait dorénavant moins de pénuries car le bâtiment précédent permettrait d’agrandir le stockage. Est-ce vrai qu'il y a effectivement moins de pénurie ?

Malgré son déménagement et son agrandissement, la capacité de stockage de Super U est plus importante qu’avant mais reste limitée, ce qui ne permet pas de réduire significativement les pénuries en cas de perturbations logistiques fréquentes. Par ailleurs, les enseignes alimentaires présentes sur le territoire ont évolué ces dernières années, et celles qui restent doivent absorber davantage de clients, entraînant une demande accrue. Par exemple, le Marché de l’Oasis a été repris par Marché U, le libre-service AMC à Gustavia a fermé ses portes, et Mini-Mart ne propose plus de produits alimentaires : il y a donc deux magasins d’alimentation en moins. De plus, la croissance de la population et de ses besoins depuis l'installation du magasin (il y a environ dix ans) accentue la pression sur les stocks. À cela s'ajoute le fait que les grèves dans les ports français sont plus fréquentes et plus longues qu'auparavant, aggravant davantage les difficultés d’approvisionnement.

Pourquoi la situation n’est-elle pas la même entre les différentes enseignes Super U et Monoprix ? Certaines gèrent-elles mieux leurs approvisionnements et leurs stocks ?

Dans les faits, les enseignes ont aujourd’hui le choix de faire transiter leurs conteneurs soit par Sint-Maarten, soit par la Guadeloupe.

➔ Passer par Sint-Maarten offre davantage de souplesse pour acheminer la marchandise jusqu’à St-Barth : plus de compagnies maritimes, rotation plus courte. Mais il arrive que l’escale de Sint-Martin soit omise par la CMA-CGM, lorsque le bateau prend du retard, au départ ou pendant la traversée. Les conteneurs sont alors livrés sur une autre île (souvent Trinidad-et-Tobago) et il faut ensuite la réacheminer vers Saint-Barth ce qui rallonge les délais quand cela se produit.

➔ Passer par la Guadeloupe n’est pas non plus toujours une valeur sûre car il y a moins de solutions pour acheminer les conteneurs jusqu’à Saint-Barth. Les navires doivent être disponibles et sont moins nombreux.

Il faut également comprendre que les compagnies maritimes inter-îles ont toutes un planning et que lorsqu’un bateau en provenance d’Europe arrive avec du retard, les bateaux qui assurent le transport des conteneurs jusqu’à Saint-Barth continuent de remplir leurs autres contrats.
Les conteneurs qui prennent du retard peuvent arriver avec des produits périmés (la DLC de certains produits n’est que de 21 jours). En 2024, 26 tonnes de produits alimentaires ont fait l’objet d’une demande de destruction suite aux retards de livraison. Cela n'inclut pas les produits sortis des rayons et détruits lorsque la DLC est dépassée après leur mise en rayon.
Par ailleurs, les rayons vides ou peu remplis engendrent un comportement d’achat “de panique” chez les consommateurs ; lorsqu’une enseigne ne dispose pas de produits frais, la demande se reporte massivement vers les autres enseignes, entraînant une rupture rapide dans ses rayons également. Ce cycle accentue les difficultés de gestion des stocks et perturbe l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement.

Alors que les rayons étaient vides à Super U, un approvisionnement était effectué à Oasis. Les approvisionnements sont-ils les mêmes pour Super U et Oasis ?

Les magasins d’alimentations ont tous des circuits d’approvisionnement variés, parmi lesquels : transport aérien, transport maritime en provenance d’Europe avec escale à Sint-Maarten (⅔ des conteneurs) ou en Guadeloupe (⅓ des conteneurs), transport maritime en provenance des États-Unis. Compte tenu des différents aléas, il n’y a pas de solution fiable à 100%, notamment pour les approvisionnements en provenance d’Europe. Ces différences de circuits expliquent pourquoi certaines enseignes peuvent être approvisionnées tandis que d’autres connaissent des pénuries ponctuelles.

Y-a-t‘il des approvisionnements d’urgence en avion ?

Oui bien sûr, mais l’acheminement par avion est plus beaucoup plus coûteux ce qui impacte à la hausse les prix de vente. C’est donc un choix qui n’est fait par les enseignes d’alimentation que lorsqu’elles n’ont pas d’autre choix. Néanmoins, un approvisionnement par avion permet d’avoir davantage de jours pour vendre la marchandise, le délai d'approvisionnement étant réduit, la DLC est plus éloignée lorsque la marchandise arrive, ce qui réduit les pertes. Le transport d’urgence en avion reste toutefois limité à certaines marchandises en raison des coûts très élevés. La place disponible pour le fret aérien est également saturée car le volume de transport aérien est de plus en plus important et la fréquence des vols dépend des compagnies aériennes et des périodes de l’année.

Pourquoi ne s’approvisionne-t-on pas aux Etats-Unis, avec des contraintes sur le niveau des produits ?

Les sources d’approvisionnement sont déjà multiples et certaines enseignes ont fait le choix d’augmenter les approvisionnements en provenance des Etats-Unis. Cependant, les normes américaines étant différentes de celles de l’Europe, la qualité et la composition des produits peuvent différer. C’est donc un choix stratégique qui impacte aussi les habitudes de consommation et il faut veiller à sélectionner des produits qui soient au moins aussi bons pour la santé que ceux en provenance d’Europe. 
Dans le News paru le 27 mars, Monoprix annonce continuer "le développement des produits américains au sein de ses magasins”. Par ailleurs, Sea Air Services (SAS) a récemment entrepris d'élargir en lançant une nouvelle ligne de groupage périssable bi-mensuelle (produits frais et surgelés) au départ de Miami, depuis le 28 janvier dernier. Cette ligne offre désormais une solution alternative pour l’importation de produits alimentaires périssables.

Peut-on être informés des pénuries et des dates de réapprovisionnement ?

Les préavis de grève sont publics, mais les aléas cités plus haut ont souvent un caractère imprévisible. Par ailleurs, la diffusion trop systématique des informations pourrait renforcer les comportements d’achat “de panique” et aggraver les pénuries.

Peut-on être rassurés sur le volume des réapprovisionnements par rapport à la consommation de la population de  Saint Barth, afin d’éviter des rushs aux rayons ? Tous les produits frais reçus sont-ils en rayon ?

Les enseignes d’alimentation n’ont aucun intérêt à être en rupture de stock. C’est la raison pour laquelle elles se remettent en permanence en question et cherchent des sources d’approvisionnement alternatives. Il ne faut pas oublier que nous sommes sur une île avec une double insularité qui impose des contraintes spécifiques sur les approvisionnements et nous ne pouvons que suggérer à chacun d’envisager d’utiliser des produits alternatifs (compotes, etc.) lorsque les produits frais manquent à l’appel.

Pour aller plus loin : rapport du CESCE sur les enjeux du transport de marchandises à Saint-Barthélemy